Pourtant, dès réception des rapports du procureur du parquet de la Seine,
M. Henri Maynier, directeur du cabinet de M. André Chenot, Garde des Sceaux, adresse une note à Monsieur Racine, du cabinet particulier de Monsieur le Premier Ministre.
Cette note, est conservée aux archives nationales sous le référence BB 30 1850 (AN).
Note de M. Henri Maynier, conservée aux archives nationales sous le référence BB 30 1850 (AN).
En quelques minutes, en changeant simplement de rédacteur, on est passé d'un accroissement inquiétant de morts musulmans, à une accusation en règle de la police nationale, par le directeur de cabinet du garde des Sceaux.
Monsieur Henri Maynier, nous précise même que trois affaires mettent directement en cause la police.
Le 2 Novembre 1961, Henri Maynier, adresse directement une note au premier ministre.
Il rappelle sa note du 27 octobre 1961.
Note de M. Henri Maynier, du 2 Novembre 1961, conservée aux archives nationales sous le référence BB 30 1850 ((AN).
Le 6 Novembre 1961, M. Henri Maynier adresse une nouvelle note au cabinet du Premier Ministre.
Note de M. Henri Maynier, du 6 Novembre 1961..
Le 27 octobre 1961, dans sa première note, à M. Racine, M. Henri Maynier, précisait :
« Avec l'accord du Garde des Sceaux, le parquet de la Seine vient déjà de requérir l'ouverture de trois informations à raison de trois affaires dans lesquelles, soit les déclarations formelles de la victime, soit celles de la femme, soit même les conclusions de l'I.G.S. de la préfecture de police mettant directement en cause la police (pas les harkis). »
Listes des trois affaires imputables aux policiers à la date du 2 Novembre 1961.
51061 Plainte déposée par Mohamed Badache qui déclare :
« Le 16 octobre 1961, j'ai été arrêté par deux policiers qui m’ont conduit en side-car au bois de Meudon, où ils m'ont roué de coup et tenté de m'étrangler. Ils m'ont pris mon argent et mes papiers. »
Les annexes du rapport de Jean Geronimi nous précisent :
Le juge d'instruction M. Bonnefous sera chargé de cette affaire.
M. Mohamed Badache présenta la cordelette qui aurait servi à l’étrangler.
Badache reconnaissait sur photographie présentées par le juge d'instruction, l'agent M. qui était de service la nuit, dans les commissariats des 14° et 15° arrondissements.
Mais, il ne reconnait pas le second policier qui était avec l’agent M. cette nuit-là.
Lors de la confrontation, les deux agents niaient avoir jamais rencontré Badache.
Le juge classera l’affaire, par un non-lieu, pour charges insuffisantes.
Le juge aurait dû se poser cette question :
Comment monter à trois sur un side-car, surtout avec un prisonnier menotté dans le dos, et parcourir la distance qui sépare le 15° arrondissement, du bois de Meudon.
Article de presse sur les exploits de Mohamed Badache.
51811 Plainte déposée par Mohamed Badache qui déclare :
J’ai été arrêté le 19 Octobre 1961, par des gardiens de la paix, et conduit avec d'autres personnes jusqu'au centre de la porte de Versailles.. J’ai été frappé à coup de pieds dans les parties sexuelles.
Mohamed Badache est admis à l’Hôpital Broussais, le 22 octobre 1961, pour des maux de ventre.
L’expertise médicale effectuée dans le cadre de l’information ouverte ne trouve trace d’aucun coup.
Elle précise :
« Que les violences invoquées par la victime n’ont pu aggraver un mauvais état abdominal antérieur. »
L’I.G.S. est saisies d’une commission rogatoire.
Son rapport précise qu'aucun policier du poste de police de Necker, n’a gardé souvenir de violences contre des FMA le 19 octobre.
Les dépositions de plaintes de M. Mohamed Badache, sont très différentes de ses récits, que l’on découvre dans la presse. Il faut dire que Badache a fait la Une de nombreux journaux.
L' affaire sera clôturé le 8 octobre 1962, par application de l’amnistie.
51957 Plainte déposée par B. pour Tentative d’homicide volontaire.
La victime déclare :
« J’ai été interpellé le 3 octobre dans un débit de boissons et conduit en voiture dans l’Ile Saint-Denis par 4 personnes vêtues de noir. Ils m’ont porté des coups de couteau et jeté dans la Seine. »
L’information judiciaire est conduite par le juge d’instruction M. Courcol.
La caissière du café d’où il sortait avait déclaré, qu’il avait été emmené par des policiers, mais, elle n’était pas très sûr de la date, fin Septembre ou début Octobre..
Les personnes ayant conduit la victime à l’hôpital, après l’agression, affirment que ses vêtements étaient secs, il n’aurait dons pas été jeté dans la Seine comme il l’a déclaré.
L’enquête de l’I.G.S., ne trouve pas trace d’opération dans le secteur du café.
Mais, elle met en évidence, les difficultés financière du blessé, car il était dans l’impossibilité de payer les cotisations auxquelles il était astreint, elle penche pour un règlement de compte du FLN, pour non-paiement des cotisations.
Elle conclut son rapport par :
« La raison se refuse à admettre que des gardiens de la paix en uniforme se soient soudainement mués en bandit au point de s’emparer d’un individu, fût-il Nord-Africain, qui ne leur avait rien fait, de l’emmener dans un lieu désert et de l’y larder de coup de couteau après l’avoir dépouillé de ses papiers et de son argent. »
La victime décédera le 13 octobre des suites de ses blessures.
L' affaire sera clôturé le 3 octobre 1962, par application de l’amnistie.
Article de presse sur les exploits de Mohamed Badache. (suite I)
Pourtant, il y a bien une affaire de violences policières envers un F.M.A.
Il s’agit de l’affaire N° 48606.
Ouverte sur plainte de Benhamouche Amar, détenu à l’hôpital de Fresnes, qui déclare avoir fait l’objet de violence de la part de policiers, le 28 Mai 1961 .
L’expertise médicale relève des fractures de côtes et des plaies au cuir chevelu.
La victime des policiers, est en réalité, l’assassin du brigadier en civil Drolet Lucien, abattu lâchement dans le dos, le 28 mai 1961, à Aubervilliers, et qui fut arrêté par le Brigadier Grandjouan.
Les procédures judicaires furent conduites pour la première fois, pour protéger l’anonymat des policiers.
Seuls les deux avocats du tueur, Maitres Benabdallah et Nahori ont eu connaissance des pièces du dossier, où figurait le nom du brigadier Grandjouan.
Lequel des deux avocats donna le nom de Grandjouan, aux tueurs du FLN , Grandjouan fut abattu à son tour, le 3 Septembre 1961.
Le rapport de l’I.G.S. précise :
« Qu’il peut être tenu pour certains que Benhamouche Amar a été victimes de violences policières lors de son arrestation. Mais comme il met en cause tous les agents, il est difficile d’identifier le véritable auteur des coups. »
L’IGS termine son rapport par la phrase suivante :
« De toute manière, il ne serait être question d’accorder un grand crédit, aux dires d’un individu qui échappe de peu à la condamnation à mort par le tribunal militaire pour le meurtre délibéré et froidement exécuté d’un agent de police sans défense. »
J’ajouterai à cette dernière phrase :
« et, qui est indirectement responsable de l’exécution du Brigadier Grandjouan, le 3 Septembre 1961. »
Benhamouche Amar sera libéré, en Mai 1962, bien avant le classement de ce dossier, le 10 novembre 1962.
Avez-vous lu un papier sur le meurtrier du Brigadier Lucien Drolet…. Non
Avez-vous lu un Twitte, sur la dénonciation, et la mise à mort, par des avocats du FLN, du Brigadier Grandjouan…. Non
Pourtant Médiapart, fait sa une, en Juin 2022, sur l’annotation du Général De Gaulle, concernant les assassinats de Nord-Africains, il est vrai en très net augmentation tout au long de ce début de mois d’Octobre.
Pourtant du 1er au 16 octobre 1961, il y eu 57 entrées à l’IML, contre seulement 40 pour la fin de ce mois d’octobre 1961, qui contient les deux jours des manifestations des 17 et 18 octobre 1961.
Article de presse sur les exploits de Mohamed Badache. (suite II)