Le 3e Régiment de Chasseurs d’Afrique, fait partie de la 7e Division Mécanique Rapide, qui est sous le commandement du général Huet, elle débarque à Alger, le 28 Mars 1956.
Le 3e R.C.A sera successivement à Bouira, Bordj Bou Arreridj, M'Sila, Aïn-Beïda, Khenchela, et Sedrata.
Le Colonel Antoine Argoud prend le commandement du régiment le 31 juillet 1956.
Affaire de Suez.
Le 3° R.C.A. fut désigné pour faire partie, avec le 7" D.M.R. de la force A
Les trois mois suivants furent consacrés à la préparation de l'opération, puis l'équipée de Suez, avant de regagner ses cantonnements dans le secteur Aïn-Taya en Novembre 1956.
Le 17 Novembre 1956, le colonel Antoine Argoud prend le commandement du sous-secteur de Piémont, comprenant les communes de l'Arba, Rovigo et Rivet, ce secteur était commandé par le colonel Barberot, qui devient adjoint au colonel, puis général Paris de Bollardière.
Nous savons maintenant, que la folklorique histoire des commandos noirs, a forcément commencé en décembre 1956, et s’est terminée en janvier 1957, par la dissolution de la 531e DBFA.
Si, on complète notre bibliothèque, par le livre de 1972, Bataille d’Alger : bataille de l’homme, de Jacques Pâris de Bollardière, et, celui de L’Affaire Argoud, de 1964, de Michel Dacier, nous avons d’une part l’ensemble des acteurs de la 531e DBFA, et, d’autre part, le parcours du colonel Antoine Argoud de 1954 jusqu’en 1963.
Avec, tous ces éléments, complétés par les articles de presse, et les photos d’époques, on peut démontrer, que Jean-Jacques Servan-Schreiber, et, le colonel Barberot, nous ont raconté quelques histoires, surtout en ce qui concerne le colonel Argoud et les commandos noirs.
Les Jeeps et le Dooge du 3e RCA, Berroughia Décembre 1956
Les dates inchangeables :
Le journal Le Monde du 26 Janvier 1957, publiait l'article suivant :
De l'expérience des « commandos noirs », le lieutenant Jean-Jacques Servan-Schreiber tire des raisons d'optimisme.
Alger le 25 janvier 1957.
« Le lieutenant Servan-Schreiber, qui fut avec le lieutenant-colonel Barberot, l'un des promoteurs des « commandos noirs », vient d'être démobilisé en même temps que les derniers officiers rappelés. Il doit regagner Paris dimanche…. »
Puis, suit un article à la gloire des commandos noirs.
Nomination du Préfet Serge Baret, le 11 décembre 1956.
Le 17 Novembre 1956, le colonel Antoine Argoud, prend le commandement du sous-secteur de Piémont.
Le dimanche 12 Août 1956.
Lettre de M. Jean-Jacques Servan-Schreiber à Pierre Mendès France.
Algérie, dimanche 12 août 1956.
« Tout à l'heure en allant dans le garage du colon (un Italien qui est furieux de notre cantonnement ici) prendre ma douche au tuyau, je me suis surpris, en slip et dans le soleil couchant qui est doux et rouge, en train de siffler une petite chanson que tous les soldats chantent ici depuis le bateau qui nous a amenés de Marseille, une chanson dont je ne connais ni le nom ni les paroles mais qui ressemble à de la bonne humeur.
Et comme je suis de bonne humeur, je voulais vous le dire. L'humeur n'a d'ailleurs rien à voir avec les événements ou les difficultés ; elle est un bon équilibre organique, et aujourd'hui, je me sens mieux, j'ai moins souffert de la chaleur depuis deux jours, et les longues randonnées en montagne pour aller reconnaître les postes dans lesquels nous allons nous installer m'ont fait respirer un air plus léger, qui m'a rappelé Megève et qui me fait revivre. »
Comment peut-on expliquer, que les quatre acteurs, ayant de très près, participer à l’épopée de la 531e DBFA, puissent nous raconter des histoires totalement différentes, en ce qui concernent le colonel Antoine Argoud, les lieux et les dates d’une éventuelle participation à un combat, et enfin, la chronologie des évènements en fonction d’autres acteurs présent à Alger, en décembre 1956, et, dans les premiers quinze jours de Janvier 1957.
Vous avez dit bizarre, comme c'est bizarre.
Le Lieutenant Jean-Jacques Servan-Schreiber dans le secteur de Rivet Algérie Août 1956.
Au début de cette « présentation », je vais positionner les curseurs début et fin, au dates suivantes :
Le 15 Juillet 1956, pour le curseur du début.
Le 15 Janvier 1957, pour le curseur de fin.
Nous constaterons, qu’au fur et à mesure de la lecture des quatre livres, nos deux curseurs se rapprocheront, et ne laisseront que peu de temps, pour l’épopée des fameux commandos noirs !!!!
Commençons donc, par le livre, Lieutenant en Algérie, de Jean-Jacques Servan-Schreiber.
S'agit-il d'une œuvre autobiographique, qui nous racontant une histoire vécue ? Je ne le crois pas.
C'est des articles du Directeur d'un hebdomadaire, aidé par Madeleine Chapsal, et Jean Daniel, qui dès 1955, avait choisi son camps, dans notre cas, celui, de l'Algérie Algérienne, pour ne pas dire celui des terroristes.
Mais, avant que commenter ce livre, appelons un chat, un chat, et une souris, une souris.
Certains, nous explique à partir de l'an 2000, que le directeur de l'Express, aurait écrire un livre, et qu'il aurait publié par morceau dans son hebdomadaire. Ce n'est pas le cas.
Il a écrit des articles dans sa revue, pendant 7 semaines, en changeant le nom des participants, certains lui ont adressé quelques remarques, un autre, des éloges, d'autres non pas répondus.
Il a fait une compilation de ses articles, en corrigeant quelques phrases importantes, il a incorporé les lettres qu'il avait reçues, et publia son livre.
Voici, les identités des principaux personnages :
Espanieul : Colonel Roger Barberot
Galland : Colonel, puis général de Bollardière
Henry : Capitaine Louis Loustau
Julienne : Capitaine Louis Fournier
Marcus : Colonel Antoine Argoud
Son premier article commence ainsi :
« Rappelé comme des centaines de milliers de jeunes Français, dans l'armée d'Algérie, j'ai été mobilisé le 16 juillet 1956. .......
D'autre part, j'évoquerai seulement ce que j'ai vu ou connu moi-même ..... Je ne les nommerai donc pas dans ce récit... »
Je ne vais pas traiter l'ensemble de ses articles, mais il est clair, qu'il nous raconte, ce qu'il n'a pas vu.
Qui plus est, les articles parus dans l’Expresse en mars et avril 1957,
ne sont pas exactement, le reflet du livre, certains ajustements ont été apportés, surtout pour les commandos noirs !!!!!
Certains spécialistes diront :
C'est la guerre en Algérie, vue par un jeune officier rappelé qui ne partage pas l'enthousiasme de ses camarades d'active sur les bienfaits de la pacification telle que l'Armée la mène dans le bled.
Moi, je dirais qu'il nous bourre le mou, avec ses récits bidon.
Car, il n'a participé à aucun combat, ni même tirer le moindre coup de feu, sauf en l'air, comme il nous le précise dans sa lettre à Mendes-France, du 12 Août 1956.
Journal L'Express d'Avril 1957.
Les récits du livre Lieutenant en Algérie. :
La première histoire concerne Geromino et le sergent Baral.
Il nous raconte l'altercation, entre d'un côté le sergent Baral, et le deuxième classe Geromino, et de l'autre, un jeune et un vieil arabes.
Pour pimenter le récit, on nous précise que la jeep était jaune claire, au couleur de l'opération sur Suez.
Le jeune arabe avait traversé sans regarder, et avait failli être écrasé par la Jeep. Suit un dialogue raciste à l'égard des deux Musulmans. Geromino involontairement lâche une rafale de PM qui atteint le vieil arabe.
Pas de date, pas de lieu, sans doute dans le secteur de Fondouk.
Pas grand-chose à dire, sauf qu'il était impossible avec un PM MAT 49, de tirer par accident, car il y avait un cran de sécurité sur la poignée, qui devait être enfoncé, avant de pouvoir appuyer sur la détente.
Mais bon Servan-Schreiber n'est pas grand guerrier, c'était un politique.
La seconde histoire, concerne un colon proche du Fondouk.
Il nous raconte sa visite à la ferme du colon Sintès, qui de bien entendu était raciste.
Il nous décrit cette rencontre :
«.... aux guetteurs qui, comme chaque soir, étaient certainement placés sur le col surplombant la ferme.
Le fermier, Sintès, était seul dans la pièce : une quarantaine......
« C'est à ce moment- là qu'ils l'ont tué. A bout portant, sortant au dernier moment leurs pistolets de leurs vestes, » dit le père Sintès en terminant , « Le camarade de mon fils, Jean Soler, s'en est tiré de justesse en courant comme un fou. Il est blessé au bras...... »
Au revoir, Madame, dit gravement Martin. Nous allons faire tout notre possible cette nuit pour venger votre fils. Soyez tranquille. »
Et l'armée française restera maintenant pour protéger l'Algérie. Il ne sera pas mort pour rien. Quel grand con ... »
Là, nous avons des informations, et il est facile de vérifier, même s’il a changé les noms des lieux.
Servan-Schreiber, ou plutôt, Jean Daniel, grand spécialiste des bobards, nous bourre le mou, il n'a jamais rencontré le colon Sintes, comme il le nomme dans son livre.
L'histoire de la ferme Sintès, à Oued Ali, près du Fondouk, commence en 1950, par le départ pour Fort de l'Eau d'Antoine Sintès, qui met sa ferme en gérance.
Du 23 octobre 1955, au 31 Mars 1956, le 53e BTA est au Fondouk, dans la ferme Sintes, il sera remplace par le 117e RI.
Le 10 Mai 1956, M. Antoine Mari, gérant de ferme Sintès, est assassine.
Le 30 septembre 1956, M. Anglade, habitant Fort de l'eau, rend visite avec toute sa petite famille, à son frère, qui était gérant de la ferme Barnabé.
Au retour, à 2km, du Fondouk, un pneu éclate, le père et le fils Jean-Claude descendent pour réparer. Trois musulmans surgissent armés de deux révolvers, ils éloignent madame Anglade, ainsi que les deux fillettes, puis tirent dans la tête, de M. Anglade et de son fils.
Le père survivra quelques jours, et décédera à l’hôpital de Mustapha, à Alger, M. Anglade était le beau-frère de M. Antoine Mari, assassiné en mai 1956, à la ferme Sintès.
Cette histoire a fait la une des journaux d'Alger.
Encore un bobard, de l'équipe de L'Express, qui publiera quelques mois plus tard, le récit de Leone Mézurat, la torturée de Chrèa !!!!
Echo d'Alger 1er Octobre 1956
Dans son livre, Lieutenant en Algérie, le narrateur, ne peut s'empêcher de nous parler des territoriaux, eux aussi, racistes, tortionnaires, et assassins.
Eh oui, les territoriaux, c'étaient des natifs d'Algérie.
Extrait de la page 25 :
« Prato criait plus fort que les autres. Il essayait de se faire obéir. Il était, en principe, le chef des territoriaux du village ... Il avait sous ses ordres une trentaine d'hommes, à peu près tous les hommes de Brahim, entre vingt et quarante-cinq ans, en état de porter une arme et de s'en servir .... »
Extrait de la page 31 :
« Prato ne parlait pas l'arabe et il savait que, lorsqu'ils ont peur, les musulmans deviennent totalement incapables d'utiliser les mots français qu'ils connaissent.
Ce n'est qu'après plusieurs gifles, assenées à toute volée, que l'on arrive à surmonter leur panique par la douleur à leur faire retrouver un peu de français.
Mais Prato n'avait pas de temps à perdre. Il appela un collègue qui parlait arabe, pour traduire, et commença à interroger le chauffeur. Celui-ci tremblait comme un polichinelle. .. »
La courte histoire se ternir par un attentat sur la personne de l'ancien combattant Larbi, blessé par un coreligionnaire.
Que nous disent les Archives Militaires pour cette période et ce secteur.
Compagnie Territoriale A 110 au Fondouk.
Elle est créée le 1 Mars 1956.
Les JMO commencent en Octobre 1956.
Les territoriaux étaient chargés de surveiller les points sensibles indispensables à l'économie ou affectés à la sécurité des zones urbaines.
Pas de trace de déplacement vers un autre village.
C'était une force locale, pour donner dans un premier temps l'alerte.
Ils étaient astreints trois jours par mois.
Pas d'autre commentaire, sur ce paraphe concernant la Compagnie Territoriale A 110.
J'ai regardé les JMO de l'Unité Territoriale UT 150 du Grand Alger, pour la période de la présence du directeur de l'Express :
Pas grand-chose, sauf, ces quelques lignes :
Garde d'un dépôt d'essence à Koléa, le commandant du secteur organise un exercice de tir.
Garde d'un relais de Radio-Alger, entre Maison-Carrée et l'Arba.
Vers 1h du matin, la sentinelle en haut du mirador donna l'alerte et alluma les projecteurs. Après un instant d'incertitude et de confusion, nous vîmes venir d'une mechta voisine un groupe qui tapait sur
une casserole et qui transportait un brancard de fortune sur lequel était allongée une femme prête à accoucher.
Et c'est tout .....
UT 150, était la plus importante des Unités Territoriale d’Algérie, elle sera dissoute après les barricades de Janvier 1960.