Le journal Médiapart, sous la plume de Fabrice Arfi, nous présentait le Scoop 2022, des massacres du 17 octobre 1961.
Le titre : Les preuves que le Général de Gaulle savait.
Charles De Gaulle et l'Elysée ont tout su et très vite sur ce crime d'Etat.
Fabrice Arfi nous précise :
« Médiapart a pu consulter plusieurs documents, issus de la Présidence de la République qui prouvent aujourd’hui, que le général De Gaulle a tout su et très vite, c'est à dire la responsabilité de la police dans ce crime, comme l'étendue de celui-ci.
Une annotation manuscrite de Charles De Gaulle sur un document prouve même que le président, confronté à la réalité de la situation, avait demandé que les coupables soient chatiés.... »
Médipart, nous présente trois documents.
Le premier est une note de Bernard Tricot en date du 28 octobre 1961.
Tricot précise :
« J'ai était informé par le Directeur de cabinet du garde des Sceaux de ce que le procureur général de la cour d'appel de Paris, et le procureur du tribunal de la Seine sont venus l'avertir des procédures judiciaires en cours à la suite de la mort d'un certain nombre de musulmans dont les corps ont été retrouvés après les récentes manifestations.
Ils y auraient 54 morts.
Les uns auraient été noyés, les autres étranglés, d'autres encore abattus par balle. Il est malheureusement probable que ces enquêtes pourront aboutir à mettre en cause certains fonctionnaire de police..... »
Une deuxième note, toujours de « Pelote de laine », en date du 6 novembre 1961, contient la fameuse annotation du brillant général de brigade.
Enfin, la troisième note, pas signée, mais datée du 25 octobre 1961, adressée à Geoffroy Chodron de Courcel, le secrétaire général de la Présidence.
Médiapart affirme, que cette note décrit, ni plus ni moins, une véritable terreur d’état.
Comme de coutume, ces trois documents ont étaient copier et coller, dans des articles à la gloire des massacres du 17 octobre 1961, par tous les bouffons du Web.
Et, Dieu sait, s’ils sont nombreux !!!!!
Pourtant, il me semblait que j'avais sur ce mythe des noyés du 17 octobre 1961, tout lu et tout vérifié.
Alors si le grand général, nous dit que c'est la police, qui aurait noyés, étranglés, abattus par balle, c'est pauvres algériens pendant les manifestations, comment ne pas le croire !!!!!
Pourtant, les deux rapports, de M. Dieudonné Mandelkern, du Conseil d’Etat, et de M. Jean Geronimi, avocat général à la cour de cassation, nous détaillent l'ensemble de ces trois journées.
Dieudonné Mandelkern, nous dit que le nombre des morts est bien de huit, si on y ajoute le français Guy Chevalier.
Pour Geronimi, ces recherches porteront sur toute l’année 1961, et sur Paris, Versailles et Pontoise.
Comme il ne trouve aucun noyé, pour les trois jours des manifestations, il déclare que les noyés sont partis au large du Havre et que l'on ne les retrouvera jamais.
Cette histoire de vase communiquant, avait été sollicitée par un procureur du parquet de Paris, en octobre 1961, éxactement, le 27..
Le procureur général de Paris. M. Aydalot nous expliquait, pour incriminer la police de Papon, que les noyés retrouvés à Versailles, et à Pontoise, venaient, sans aucun doute, des bords de Seine de la ville de Paris.
M. Fabrice Arfi aurait dû faire son travail de journaliste, et, vérifier l'origine réelle de cette note de Bernard Tricot.
Les photos de Mediapart sur le Scoop de 2022.
A grand renfort de tambours et de trompettes, en Juin 2022, sous le titre, Torture et assassinat, , Médiapart publié ces quatre photos, dont une, avec la légende suivante :
Séance de torture et d'interrogatoire en Kabylie, fin 1956. Photo de Jean-Philippe Charbonnier / Gamma-Rapho.
Malheureusement pour Médiapart, ce n'est pas une photo de Jean-Philippe Charbonnier, mais une scène avec des acteurs, qui figure dans un documentaire réalisé par André Cazut, documentaire à la gloire de Jacques de la bollardierer, tourné non pas en Kabylie, mais à Lausanne.
Dans le reportage réalisé par M. André Gazut, pour l’émission Destins : Général de la Bollardière, diffusée par la Télévision Suisse Romande, (TSR), le lundi 24 Mars 1975, à 20h20, et présentée par M. Claude Torracinta, en présence du général, on découvre trois plans, qui au premier coup d’œil peuvent laisser penser qu’il s’agit de photos prises par notre grand reporter Jean-Philippe Charbonnier.
Malgré, les soins apportés par les accessoiristes, pour recréer, au détail près, la pièce figurant sur les deux photos de M. Jean-Philippe Charbonnier, sur l’interrogatoire de ce prisonnier politique.
Malgré un casting, que je dois avouer, très ressemblant, surtout pour le capitaine des chasseurs.
Notre faussaire, André Gazut a commis quelques erreurs.
car il ne pouvait pas représenter aux mêmes dimensions, la pièce où ont été prises les deux fameuses photos de Jean-Philippe Charbonnier.
Sans être un grand expert, il suffit de regarder l’encadrement de la porte pour se rendre compte que ce n’est pas la même pièce.
Photos de Jean-Philippe Charbonnier Revue Réalité Janvier 1957 N° 132 .
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Mais revenons au Scoop de M. Arfi.
Le 26 octobre 1961, le journal France-Soir, publie cet article, le titre : Des cadavres de nord-africains dans la Seine.
« Depuis plusieurs jours, on repêche beaucoup de corps dans la Seine et dans la Marne, Il s'agit en général de Nord-Africains, âgés de 20 à 35 ans.
Les victimes ont été étranglés, abattues à coup de pistolet, ou étouffés avant être précipités dans l'eau.
Hier, trois cadavres qui avaient séjourné une huitaine de jours dans l'eau ont été repêchés au pont de Bezons
Samedi et dimanche deux autres noyés musulmans ont été repêches à Argenteil.
A la fin de la semaine dernière également à Gournay sur Marnes, on repêche un nord-africain abattu d'une balle dans la tête, et à Jouy-en-Josas, on en découvrait un autre en bordure de la route.
Dans cet article, on peut sans grande difficultés, présentés les trois repêchés du pont de Bezons, sous la réalité des registres de l’I.M.L.
Ils sont entrés à IML, le 24 octobre 1961 et non pas le 25 comme l’écrivent les journaux de l’époque.
N° 61660896 Repêché quai des orfèvres, avait ses papiers sur lui, aucune trace de coup, le corps a séjourné longtemps dans l’eau, c’est-à-dire plus de 10 jours.
N° 61660603. Inconnu Repêché au Pont Neuf à Colombes, mort par triangulation, plus de 10 jours dans l’eau.
N° 61660895 Repêché quai de Vitry sur Seine, habitait le 5° arrondissement. Mort suite aux coups reçus. Le corps a séjourné 8 jours dans l’eau.
Et, le 27 octobre 1961, le procureur général de Paris. M. Aydalot, transmet deux rapports au garde sceaux, il écrit :
« Je crois devoir attirer votre attention, à la fois sur l’importance des chiffres qui se dégagent des états joints et sur la similitude des procédés d’exécution : étranglement, strangulation, fréquemment ligotage des corps et généralement immersion….
Le nombre des attentats criminels commis à Paris contre des français musulmans d’Algérie vient d’augmenter depuis le 1/9/1961 dans des conditions telles que je crois devoir vous les signaler…
Cette situation m’a incité à requérir l’ouverture d’une information dans chacune des affaires de cette nature intervenue postérieurement au 1er Octobre 1961. »
Le 10 novembre 1961. Le garde des Sceaux, M. Chenot accuse réception des rapports du procureur.
On pourrait croire, à la lecture de cette note, que le procureur de la cour d'appel de Paris, M. Aydalot était le lanceur d'alerte de l'année 1961, il n'en est rien !!!!
C'est le rapport de M. Mandelkern, qui présentera le premier, l'information issue d'un rapport en date du 4 octobre 1961, du Service de coordination de l'information sur les Nord-africains (SCINA), sur les repêchés de la Seine et des canaux du département,
pour les derniers jours de septembre 1961 et les 3 premiers jours d'octobre 1961.
Mais le rapporteur n'a pas été au bout de sa recherche pour expliciter, cette remarque contenu dans cette note du SCIAM du 4 octobre 1961.
Cette même note sera reprise par le grand historien Planchard, qui la transformera en un massacre raciste de groupe contreterroriste, mais on connait Planchard, c'est le pendant de Claude Bourdet des années 2010
Extrait du rapport de M Mandelkern sur les noyés avant le 17 octobre 1961.
Si on regarde les entrées pour les derniers jours de septembre et les 3 premiers jours d'octobre, on constate une augmentation vertigineuse des entrées à l'IML, surtout les 2 et 3 octobre 1961.
Effectivement à la date du 4 octobre, il était impossible de connaitre l'identité de certains des repêchés de la Seine et de ses canaux.
Mais les enquêtes des services de police, très rapidement, mettront un nom, sur quatre des six repêches de ces quatre jours, car leurs fiches figuraient dans les dossiers de la police.
Certains avaient été arrêtés plusieurs mois plus tôt, condamné par la justice, et enfermé dans les camps de détentions en métropole.
Et, libéré par la grâce du général de brigade, à partie de Mai 1961.
Dans sa grande largesse, le général avait « libéré », quelques 6000 membres du FLN ou du MNA, afin de facilité les accords en cours avec le GPRA.
D'autres avaient été la victime d'attentats FLN.
Et OUI, le FLN n'était pas une œuvre de bienveillance.
Certains de ces inconnus repêchés dans la Seine et ses canaux, avant le 17 octobre 1961, avaient des noms.
M. Ben Meddour repêché dans le canal Saint-Denis, le 29 septembre 1961, libéré du camp de Larzac, le 2 Septembre 1961, il appartenait à la fraction FLN, dite « des neutres », dans les négociations entre la France et le GPRA.
C'est à dire qu'il était d'accord pour laisser une place aux français d'Algérie, dans la future Algérie plus ou moins indépendante.
M. Belardia Mohammed, repêché au pont de Bezons, le 3 octobre 1961, Membre du FLN, il avait lui aussi été interné et libéré.
Il bénéficiait d'une protection policière, suite à certaines menaces de mort.
M. Terbouche Bélaïd, repêché dans la Seine à Ivry, rebelle au racket du FLN, il avait échappé à un premier attentat, le 2 septembre 1961.
M. Naït Mammar Mohamed, militant du MNA, ayant échappé à trois attentats du FLN, en 1961, il devait témoigner le 3 octobre 1961, au tribunal militaire à Paris, qui jugeait l'auteur de l'un des trois attentats, auxquels il avait déjà échappé.
Ces informations étaient disponibles sur papiers dans le Bulletin édité le 8 novembre 1961, concernant la Séance Extraordinaires de conseil de Paris du 27 Octobre 1961, en présence du préfet Maurice Papon.
Séance dont certains passages avaient été publiés dans la presse, surtout les interventions des deux Pieds-Nickels de service Claude Bourdet du PSU et Raymond Bossus du PCF.
Là, il est indispensable, de rappeler quelques inepties proclamées dans cette assemblée, le 27 octobre 1961 par le Pieds-Nickel de service. Claude Bourdet du PSU.
Le préfet Maurice Papon écoutera sans broncher toutes les accusations d'assassinats profères par les deux Pieds-Nickels.
Il répondra longuement et dénoncera point par point toutes les accusations de Bourdet et Bossus, qui avaient lu simplement le tract du FLN parut dans la presse socialiste quelques jours plutôt.
Pour les noyés, il donnera quatre noms aux inconnus repêchés dans la Seine et ses canaux.
Les deux autres resterons inconnus.
Extrait du bulletin de la ville de Paris. Séance Extraordinaires de conseil de Paris du 27 Octobre 1961.