Le second titre de cette cinquième page, de Vérité-Liberté, était : Abdellaziz Boupacha, père de Djamila écrit.
Elle commence par :  
BENI-MESSOUS, le 29 mai 1960,
« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance l’effet suivant au sujet de notre arrestation dans la nuit du 10 au 11 février 1960….. »
La lettre de M. Abdellaziz Boupacha est couverte de fautes d’orthographe.
Elle se termine par :
Excusé moi je ne sais pas bien écrire, j’ai jamais été à l’école. Recevez mes meilleurs salutation.
Boupacha Père de Djamila.
Page Cinq de Vérité-Liberté, N° 3 Juillet 1960
M. Abdellaziz Boupacha était-il à l’image de la lettre présentée par Vidal-Naquet, dans la revue Vérité-Liberté.
La réponse est non.
Si Djamila n’était pas très connu dans les années 1950, on peut sans se tromper écrire que cette lettre est bidon, comme la revue de Vidal-Naquet, Cahiers d'information sur la guerre d'Algérie.
On retrouve dès 1931, notre Abdellaziz Boupacha exerçant le poste de Wattman dans la CFRA, à Saint Eugène.
Le 10 mars 1931, il sauve un enfant qui jouait entre les rails du tram.
Parfois, la Grande Histoire de la torture, rencontre simplement l’histoire du Wattman Abdellaziz Boupacha.
L’Echo d’Alger du 23 Septembre 1938, nous rapporte cet incident :
Moto contre tram.
Hier à 12H 45, à Nouvel-Ambert, une motocyclette avec side-car, conduit par le Sergent Setta Saïd du CHR du 19° Génies à Hussein-Dey, est entré en collision avec un tram des CFRA conduit par le wattman Boupacha Abdelhaziz ben Mohamed.
Sous la violence du choc la moto à subi des dégâts matériels importants……. .
Le Dimanche 11 Septembre 1949, un commencement d'incendie, s'est déclaré dans un batiment qui habitait par la famille Boupacha.
Grâce à l'intervention des voisins, le feu a été circonscrit très rapidement.
A cette occassion, M. Boupacha remercie tous ses amis pour l'aide apportée.
Abdelhaziz envoie une lettre au journal, pour remercier ses voisins et amis, car le feu aurait pu détruire tout le batiment.
Journal Républicain du matin. Alger le 23 Septembre 1938
Revenons à la chronologie de la Jeanne d’Arc N° 2.
Le 7 Juillet 1960.
M. Courmontagne, juge d’instruction d’Alger a donné connaissance, le mercredi 6 Juillet à Djamila, des résultats de la deuxième expertise médicale effectuée à la suite de sa plainte.
Le 17 Décembre 1960.
Le Monde annonce que la plainte pour sévices de Djamila Boupacha sera instruite à Caen et non plus à Alger.
Ce transfert, clôture la chronologie de cette année 1960.
Chronologie 1961.
Le Mercredi 28 juin 1961.
Djamila est entendue par le juge d'instruction de Caen, M. Chausserie-Laprée.
L'instruction concernant la plainte de Djamila, commence officiellement à Caen.
Elle sera emprisonnée à la maison d'arrêt de Pau.
Le 4 novembre 1961.
Elle arrive à la maison d'arrêt de Lisieux, pour être mise à disposition du juge d'instruction.
Le 6 novembre 1961.
Le juge a dans ses dossiers plusieurs rapports médicaux.
Une contre-expertise effectuée à Paris par trois gynécologues, les professeurs Funck-Brentano, Lantuigoul et Mme Wolfsommm.
Un rapport d'un expert en médecine légale, le professeur Chrisztiaens.
Un rapport d'un dermatologue, le docteur Duperrat.
La conclusion de cette liste d'experts est :
Leurs constatations ont confirmé l'existence de certaines lésions relatées par la plaignante. Mais les experts ne se prononcent pas sur l'origine.
Le juge informe Djamila et Gisèle, que le général Ailleret et le Ministre Messmer, refusent de transmettre les photos des personnes qui auraient approchés la famille Boupacha.
Il en a référé au procureur de la république de Caen et au Garde des Sceaux.
Le 7 novembre 1961.
Elle est hospitalisée à Caen. Elle y restera 3 jours.
Le 10 novembre 1961.
Elle est transférée la prison de Fresnes.
Le 28 novembre 1961,
Djamila Boupacha informe qu'elle va déposer une plainte contre le Général Ailleret et le Ministre Messmer.
Archives Judiciaires du Calvados. Djamila Boupacha 2023
Mais, revenons, quelques instants, sur la chronologie journalistique pour cette première quinzaine de ce mois de novembre 1961.
Le 2 Novembre 1961.
Le journal l'Humanité, en page cinq, et en gros caractères, titrait :
Intensifier les actions dans les jours qui viennent pour la paix immédiate en Algérie.
Manifestation place Maubert : Jean-Paul Sartre, Mme de Beauvoir, Le PSU, et des Parisiens, en tout 1.500 personnes, se retrouvent Place Maubert, pour une manifestation silencieuse.
Un appel de 50 intellectuels pour la paix et contre le fascisme.
Grève de la faim des ministres du GPRA et de tous les algériens emprisonnés.
Dix questions du Secours populaire Français.
Le 7 novembre 1961.
Le journal l'Humanité, en page quatre, et en gros caractères, titrait :
60 cadavres d'Algériens noyés ou assassinés retrouvés en un mois à Paris.
Les détenus algériens font la grève de la faim depuis cinq jours.
Aujourd'hui à Caen. Le juge entendra les témoins des tortures subies par Djamila Boupacha. Article de M. Gérard Gatinot, qui nous précise, que le juge d'instruction s’est vu refusé les photos des tortionnaires, il en a référé au Garde des Sceaux.
Au Procès des avocats. Compte rendu de M. Alain Guerin.
Et en tout petit :
39 détenus algériens s'évadent du camp de Maurac en Dordogne. (C’étaient des membres du MNA).
Mais rien, sur l'évasion de Chambéry, qui avait couté la vie à trois gardiens, abattus d'une balle dans la tête, par les six évadés du FLN.
C'est à partir du 7 novembre 1961, que le journal Le Monde, qui avait été attentifs à ses écrits, depuis Juin 1960, brusquement, nous présent des écrits qui sont difficilement vérifiables.
Dans la fin de son article du 7 novembre 1961, Le Monde nous informe :
« Qu'un médecin doit témoigner le mardi 07 novembre c'est le docteur Bugantay d’Alger. Déjà entendu en commission rogatoire, ce médecin aurait déclaré avoir été appelé au centre
d'El-Biar par un capitaine parachutiste pour donner des soins à Djamila Boupacha et à son père.
Il aurait constaté alors chez la Jeune fille un syndrome douloureux abdominal et des douleurs aux côtes gauches. Il a été convoqué pour une confrontation avec les intéressés »
C'est le fameux médecin du centre de tri.
Mais, cet article du Monde, nous parle d'une seconde confrontation, celle, d'une jeune musulmane qui aurait été témoin des tortures de Djamila à Hussein-Dey, et qui aurait fait le récit à quatre codétenues en rentrant à la prison de Barberousse.
Le journal ajoute :
« Cependant ce témoin a assuré n'avoir fait aucun récit de ce genre, et c'est la raison de la confrontation décidée par M. Chausserie-Laprée, qui a demandé le transfert à Caen des cinq femmes. Mais certaines ne seraient plus à la prison de Barberousse. »
Prison de Caen Le 6 Novembre 1961 Djamila Boupacha et les gendarmes.
Puis, dans celui du 10 novembre, les récits prennent une autre tournure.
Le Monde nous annonce deux témoignages fracassants !!!
Il nous informe que le témoin N°1, qui aurait séjourné du 4 au 26 février 1960, au centre d’Hussein-Dey, a fait des révélations fracassantes.
Aux mêmes dates, le journal Libération, nous donne presque les mêmes infos.
Le même nom du médecin d'El-Biar, le docteur Bugantay d’Alger.
Mais le journaliste de Libération, nous précise :
« Dans le bureau du juge, Djamila retrouve les principaux témoins de l'affaire. Son beau-frère Ahmed Abdellli, extrait de Barberousse, une autre Algérienne, et deux témoins libres, sans parler de Melle Zinel Larroussi, le témoin N° 1.
Auditions et confrontations se sont poursuivies très tard. Le juge se priva même de ses deux repas, mais il se refusa à toute déclaration.
Ce que voyant, Maitre Gisèle Halimi invita les journalistes régionaux à
une conférence de presse.
Elle fit alors une révélation sensationnelle qui éclaire l'affaire d'un jour nouveau...... »
Le 24 Novembre 1961.
La Tribune Socialiste publiait une page entière dans sa revue.
Le titre : Djamila Boupacha et la Justice, il est signé par Louis Houdeville.
Dans cette version, de M. Houdeville, l'article commence ainsi :
« Dans la nuit du 10 au 11 février à Dély-Ibrahim près d'Alger, le capitaine D. et ses hommes, font irruption dans une maison paisible. En quelques secondes tout est saccagé.
Le chef de famille, un vieillard de 71 ans est jeté à terre, injurié, battu avec sauvagerie. .......
Ainsi commence ce nouveau récit des tortures subis par la famille Boupacha.
Je tiens à la disposition du Pied Nickelé, Benjamin Stora, l'article complet.
M. Louis Houdeville, nous narre l'épisode de la récupération d'un rapport, à l'hôpital Maillot, établissant la matérialité des sévices, subis par la famille, récupération réalisée par le père de 71 ans.
Il nous informe que le témoin N°1 Zineb Laroussi est « menacée de disparition ».
La seule preuve réelle dans cet article de M. Louis Houdeville, est la photo qui accompagne cet article.
Prison de Caen , Djamila Boupacha et les gendarmes.
Photo réalisé le 6 novembre 1961, et légendée: Djamila, après les tortures, ...la grève de la faim.
Incroyable !!!
L'Humanité, Libération, Le Monde, pendant plusieurs jours, nous ont présenté des articles sur cette révélation à Caen.
Pourtant, il est étrange que l'on ne retrouve aucune trace, dans les journaux dits locaux, comme Ouest de France.
Pourtant, Journal France, en date du 7 Novembre 1961, fait sa une sur l'évasion des 44 membres du MNA du camp de Maurac.
Il encore plus étrange, que l'Inter actualité en date, du 12 novembre, nous présente des reportages sonores.
Les remous de la grèves des Algériens dans les prisons français, par Jean Rey, pendant 8 minutes.
Que Germaine Bartoli, nous décrit la fuite de trois détenus algériens de ....la prison de Caen. pendant 6 minutes.
Que dans les faits divers en métropole, Pierre Le Rouzic, nous narre, l'évasion, et la récupération des 40 évadés du MNA.
Mais rien, absolument rien, sur les révélations de Zineb et Butanguy !!!!!
Article du journal Libération du 9 novembre 1961 Djamila Boupacha.
Incroyable !!!
Je vois déjà, les Pieds Nickelés, des 4ACG et Michel Dandelot , adorateurs du 19 mars 1962, et du 17 octobre 1961, sautés comme des cabris.
Sans être l’avocat du diable, il est bon d’énumère les « gros » évènements de 1961.
Depuis Avril 1961, la France et l’Algérie sont sous l’Article 16 de la Constitution.
Ce second semestre de 1961, qui suivait le putsch d’Alger, avait connu, une multitude d'évènements dont la résonance sera et est encore mille fois supérieur, aux témoignages cités ces 7 et 10 novembre par les deux journaux, Libération et le Monde.
De ce témoignage de Caen, notre brillante avocate du F.L.N., fera édité un livre en Janvier 1962.