Si l’on relit sa lettre du 18 novembre 1839, la réponse est OUI.
De la part du saïd-hadji Abd-el-Kader, que Dieu l’aide et le rende victorieux, à l’Excellence d’Alger, le maréchal Valée.
« Le salut, la miséricorde et la bénédiction soient sur celui qui suit la vérité…..
Les Arabes de Beni-Hieznass jusqu’à Kaf étaient tous d’accord, et qu’il ne leur reste d’autres paroles que la guerre sainte. J’ai employé tous mes efforts pour changer leur idée, mais personne n’a voulu la durée de la paix, ils ont tous été d’accord pour faire la guerre sainte, et je ne trouve d’autre moyen que de les écouter pour être fidèle à notre chère loi qui le commande, ainsi, je ne vous trahis pas et vous instruits de ce qui est…..
Tenez-vous prêt à ce que tous les musulmans vous fassent la guerre sainte, car s’il arrive quelques choses, je ne veux pas être accusé d’être un traître. Je suis pur, et jamais il n’adviendra par moi quelque chose de contraire à la droiture de notre loi.»
Ecrit lundi soir, 11 du ramadan 1255, à Médéah, conservée par Dieu.
Nous sommes le 18 novembre 1839.
Historia Mars 2021.
C’est beau, c’est grand….  
Sauf, qu’il y a trois autres lettres écrites par le même très pieux, écrites en octobre 1839.
Lettre à Hussein-Ben-Abderrahman.
« Bientôt Dieu vous soulagera, car la paix n’a plus lieu entre nous et les chrétiens, il ne nous reste qu’à faire la guerre…. Car Dieu nous a toujours promis la victoire. »
Lettres aux seïds Abderrahman-el-Forkami, de Djigelly et El-Meçaoun-Cousmaa.
« Sachez que nous ne sommes plus en paix avec l’impie, et que nous les chasserons de chez nous, s’il plait à Dieu. Nous irons bientôt chez vous, tenez-vous prêts pour la guerre sainte.
Dieu ne nous a élevé que pour faire triompher sa religion et combattre ses ennemis qui adorent plusieurs dieux. Les musulmans doivent être comme des épines dans les yeux des chrétiens. »
Lettre à l’honorable Mahmoud ben Zouadi.
« Tu es musulman de père en fils comment t’éloignes tu de l’islamisme sans éprouver de remords ? Détache-toi de l’impie, et la protection de Dieu et de son prophète s’étendra sur toi. »
Abd-el-Kader utilisera le verset 186 du Coran, celui de Médine, en informant le maréchal Valée, le 18 novembre 1939, mais il était à Médéa, donc sa lettre arrivera le 20,
entre les mains du maréchal, ensuite, il faut prendre les dispositions pour renforcer la garde.
Les premiers troubles commencent le 10 novembre 1839, nous allons les détailler.
Le 25 novembre 1839, le maréchal Valée écrit au Ministre pour l’informer de la situation de ce mois de novembre 1839 :
« A Sétif, les chefs des différentes tributs me remirent des lettres récemment adressées aux population indigènes par l’Emir pour les appeler à lui. J’adresse de nouveau à Votre Excellence la traduction de l’une de ces lettres, elle prouve la volonté de l’Emir de soulever contre nous, le fanatisme religieux. »
Le maréchal détaille le voyage de l’Emir dans la province de l’Ouest.
« A Hemsem, il a dispersé la population de Coulouglis, certains ont été tués. A l’Habra, la tribu des Medjaers a eu plusieurs de ses chefs décapités.
Le 10 novembre, le chef de bataillon Raphel, commandant le camp de l’Oued Lalleg, est tombé dans une embuscade, le commandant Raphel fut tué, ainsi qu’un officier de chasseurs, et deux cavaliers.
Le 17 et le 18 novembre, quelques tentatives faites par les Hadjoutes furent vigoureusement repoussées par nos soldats.
Le 20 novembre au moment même, où l’Emir Abd-el-Kader faisait connaitre sa résolution de nous faire la guerre sainte, ses troupes passaient la Chiffa. Le commandant de Bouffarick mettait malheureusement en mouvement, ce même jour, des convois pour les blockhaus de Mered et du camp de l’Ouad-Lalleg, il ne donna que trente hommes pour escorter ces convois. Les convois furent attaqués par 1000 cavaliers.
Le commandant du convoi de Mered forma ses voitures en carré, et ses soldats se défendirent vigoureusement. Cela permit à la garnison de Bouffarick de venir à son secours. Malheureusement, le convoi de l’Ouad-Lalleg, plus éloigné fut surpris par les cavaliers de l’Emir, son détachement fut anéanti. La colonne de secourt arriva trop tard.
Le 21 Novembre une colonne de 1000 cavaliers arriva devant le camp de Ouad-Lalleg. Le commandant du camp marcha imprudemment contre elle, à la tête de 200 hommes d’infanterie. Il fut écrasé sous le nombre de cavaliers. 105 officiers et soldats furent tués, le camp de l’Ouad-Lalleg fit feu des pièces qui défendent la redoute, beaucoup de cavaliers furent tués ou blessés, ce qui permit aux survivants de rejoindre la redoute. A l’Est, une colonne ennemie déboucha par les montagnes de Beni-Moussa. La garnison des camps de l’Aracht et de l’Arba marcha contre elle et protégea le mouvement de retraite des populations. Un carabinier et 4 colons furent tués.
Le lieutenant-général Rulhières a formé une colonne mobile composée de 400 chevaux, deux pièces d’artillerie et de 1500 baïonnettes, elle manœuvre contre les Arabes entre Belidah, Coléa et Bouffarick. Je forme à Maison-Carrée une seconde colonne mobile qui suivra l’ennemie dans l’Est.
J’ai recommandé une extrême prudence.
Quand le beau temps sera revenu, je me préoccuperai de châtier les Hadjoutes, nos plus habiles comme nos plus ardents ennemis. »
Note :
J’ai gardé l’orthographe des noms de lieus usités par le Maréchal Valée.
Extrait du journal des débats 2 décembre 1839.
Les troupes de l’Emir Abd-el-Kader ne dépassent pas les 4000 cavaliers sur tous les fronts.
Seule la surprise entrainera la mort de 50 soldats à l’Ouad-Lalleg.
Une imprudence sur l’estimation des forces de l’Emir, entrainera la mort de 105 officiers et soldats. .
A la suite de ces évènements de novembre 1839, « un quarteron » d’officiers ayant passé 10 ans en Algérie, éditera a un livre intitulé :
Le gouvernement civil au gouvernement militaire, pour le succès de la colonisation d’Alger
Il sera signé par le Capitaine d’Etat-Major, M. Leblanc de Prébois François.
Dans ce livre, les officiers nous présentent entre autre, une estimation de la population de l’Algérie en 1840, qu’ils estiment à environs 500.0000 musulmans …., on est loin des quatre millions du génocide de Benjamin Stora et Tramor Quemeneur.
Nous reviendrons sur certains chapitres de ce livre.
Le 2 janvier 1840, le Maréchal Valée gouverneur des possessions françaises en Afrique, adresse à son Eminence le Ministre de la guerre, un compte-rendu du mois de décembre 1839, et plus particulièrement du combat du 31 Décembre 1839.
Dans ce compte-rendu le Maréchal, détaille les diverses manœuvres qu'il a utilisé pour attirer dans la plaine, l'infanterie régulière de l'Emir, environs, 800 hommes armés de fusils et de baïonnettes, sans doute fournis par le roi du Maroc, via son allié l'Angleterre.
Cette petite bataille a eu lieu, entre Blida et Boufarik, plus précisément entre les rives de la Chiffa et celles de l'Oued El-Alleg, à environs 45 km d'Alger.
Les forces de l'émir, omprenaient les Kalifas de Miliana et de Médéah, environs 1500 cavaliers qui attaquèrent la colonne du Maréchal par de petites escarmouches.
Le Maréchal :
« La colonne se dirigeait vers le camp d'Oued-Halleg, après avoir franchi le ravin de Sidi-Kifa, je portai alors la tête de la colonne dans la direction de la coupure de la Chiffa, de maniéré à faire supposer à l'ennemi que je voulais marcher sur Médéah. Mais l'infanterie d'Abd-el-Kader ne paraissait pas encore.
J'ordonnai alors d'arrêter la colonne, de la former en bataille. Je portai l'artillerie au centre de la ligne et je fis tirer quelques coups de canon.
Lorsque je jugeai, que les Kalifas d'Abd-el-Kader, qui, de leur camp de Béni-Salahs, étaient témoins de mes manœuvres, avaient eu le temps de descendre dans la plaine, je donnai l'ordre au général Rostolan de faire retirer la ligne lentement par échelons, en pivotant.
Vers une heure le colonel Changarnier, me fit prévenir que les troupes régulières paraissaient dans la plaine, et qu'on apercevait distinctement les baïonnettes au-dessus des broussailles.
J'ordonnai alors à ma ligne de changer de direction, lorsque le mouvement fut terminé, la colonne se trouvait sur le bord du ravin de l'ancien lit de l’Oued-el-Kébir. Le feu de l'ennemi redoubla,
je fis battre la charge dans l'infanterie.
Les régiments gravirent la berge opposée sans tirer un coup de fusil, et chargèrent les Arabes qui, effrayés de l'élan de nos soldats, tournèrent le dos au premier choc et voulurent se mettre en retraite, mais il était trop tard pour eux, toute notre ligne les suivit......
Tout ce qui restait de l'infanterie régulière se sauva à travers la plaine des Hadjoutes. Les cavaliers arabes effrayés de la destruction d'une grande partie de l'infanterie se retirèrent précipitamment et repassèrent la Chiffa.
J'arrêtai ma ligne à peu de distance de cette rivière, car nous n'avions plus d'ennemis devant nous. La colonne se dira lentement vers le camp de Blidah.
L'ennemi a laissé en notre pouvoir trois drapeaux, une pièce de canon, les tambours des bataillons réguliers. Beaucoup de cavaliers arabes ont également été tués, mais, suivant l'usage, ils ont été emportés, ainsi de ceux des Kabyles. La moitié de l'infanterie de l'Emir a été détruite, soit environ 400 hommes.
De notre côté; nous avons eu 13 homme tués, un seul officier est mort, c'est M. Irkof, lieutenant des spahis. »
La colonne du Maréchal Valée effectua diverses reconnaissances dans le secteur, sans jamais rencontrer la moindre troupe de l'Emir, il semblerait que les Kabyles aient regagné leurs douars.
« Le 5 janvier, la pluie ayant commencé, je reconnus l'impossibilité de continuer mes opérations sans fatiguer extrêmement les troupes. L'ennemie s'étant retiré à une grande distance de nos positions, je fis en conséquence rentrer la colonne mobile à Bouffarick et Douéra, et je revins à Alger. »
Le maréchal termine son compte-rendu par cette phrase :
« J'ai donné à l'affaire du 31 décembre 1839, le nom de combat d'Ouad-Halley, parce qu'elle a commencé sur l'emplacement même où, 105 de nos braves soldats ont péri si malheureusement. Ce souvenir animait l'ardeur de tous lors de cette journée du 31 décembre 1839..... »
Ce rapport du Maréchal Vallée fait huit pages, il démontre que les troupes de l’Emir n’étaient pas aussi nombreuses, que voudrait-nous le faire croire MM. Stora et Quemeneur.
Il ne se passera plus rien jusqu’au 2 Février 1840.