La Question (suite)
- Penthotal ou Pas ?
- Dans le livre, la Question,
Alleg explique qu'après avoir résisté victorieusement, aux coups assénés par les officiers, de toutes leurs forces, au supplice
de l'électricité, au supplice de l'eau, aux brulures par cigarettes, aux brulures par torches faites de journaux roulés, on essaya sur lui,
pour le forcer à parler une méthode toute scientifique, le lundi 17, dans l'après-midi, à l'infirmerie, sous la direction d'un médecin.
- Cette nouvelle torture avait été annoncée, dès le Dimanche par des propos sybillins du lieutenant Charbonnier.
« Alors, tu te prépares d'autres ennuis.
On a des moyens scientifiques (il appuyait sur l'adjectif) pour te faire parler. »
- Le récit de cet interrogatoire, fort détaillé,
comprenant la description des effets de la piqure, les articles lus sur le sérum de vérité (Penthotal), les questions posées par le médecin et,
les réponses faites par Alleg dans une sorte de demi-sommeil, occupe près de dix pages (des pages 74 à 83).
- Or quand nous nous reportons à la plainte au procureur, on cherche vainement la trace de ce fameux interrogatoire scientifique.
Comme pour Maurice Audin, pas une seule fois, il n'y est fait seulement allusion.
- La plainte au procureur fixe le dernier interrogatoire au samedi 15 juin, et s'achève sur cette réflexion d'un des paras :
« Ce qu'il veut, c'est être un héros, pour avoir une petite plaque sur une place publique dans quelques centaines d'années. »
- Tout de suite après, on lit :
« Le Lundi, on commence à s'occuper de mes plaies... », (suit leurs descriptions.)
- Chronologie de cette nouvelle torture scientifique :
- Le 31 juillet 1957, Aucune allusion !
- Le 6 Août 1957 ouverture d'une information contre X.
- Le 19 Août 1957, examen médical d'Henri Alleg, par les docteurs Capomaccio et Miquel.
- Cet examen a révélé seulement l’existence d’érythèmes superficiels sur le poignet gauche et sur l’index,
ainsi que trois petites cicatrices de trois millimètres à cinq millimètres de plaies infectées.
- Les deux praticiens qui ont révélé ces petites cicatrices, ont précisé, qu’il était impossible d’indiquer leur cause et la date
à laquelle elles avaient été faites, et que les érythèmes relevé sur le poignet et sur l’index ne sauraient être attribués à des brûlures.
- Le 7 Novembre 1957, cette nouvelle torture par deux injections au Penthotal occupe 12 pages dans son livre.
- En novembre, le Capitaine Chevrel, incriminé par Alleg, niait de la manière la plus formelle, lui avoir fait plusieurs injections de penthotal.
Il ne figurait pas dans la liste des tortionnaires du 31 Juillet 1957 ?
- Sur commission rogatoire, l'assistant infirmier cité par Alleg, confirmait les propos du capitaine.
- Ayant était démobilisé, l'infirmier a été entendu par un juge d'instruction en métropole.
Il confirmera avoir donné des soins à Henri Alleg,
pour de petits maux sans gravités et des boutons, vraisemblablement dus à une furonculose.
- En face des accusations d'Alleg, sur cette torture au penthotal,
outre les déclarations des officiers qui réfutent cette allégation, il nous reste les articles éventuels qu'aurait lus Henri Alleg.
le sérum de vérité.

- Donc, Alleg prêtent avoir lu des articles sur le penthotal, quand est-il exactement :
- La revue, L'Etude, en Octobre 1948, nous présentait un article de Jean Rolin intitulé : Le Penthotal, drogue de l'aveu.
- L'article commençait ainsi :
« Voici plusieurs mois déjà,
les journaux soulevaient la curiosité du public sur un cas d'emploi du penthotal dans un expertise médico-légale.
Emotion facilement suscité, si l'on songe aux sombres réminiscences qu'évoque à bon droit « la piqûre à faire avouer » :
mystères des procès de Moscou, tortures de la Gestapo.
Plus récemment, la presse nous apprenait son emploi épisodique
par la police américaine, puis son utilisation de principe par la police tchèque, après le coup d'Etat de Prague.
Dernièrement enfin, le premier et le seul cas auxquels nous faisons allusion revenait à l'actualité devant la Cour de justice de Toulouse.
De tous ces faits, le plus alarmant est sans doute
celui qui s'est passé chez nous et qui met en cause la justice française et la médecine légale française.
Notre souci n'est pas de l'éclairer en tant que tel,
d'abord parce que nous aurions fort à faire pour le dégager des fables de toutes sortes dont la presse l'agrémenta......
Le nouvel anesthésique appelé penthotal présente la propriété, non seulement d'annihiler le contrôle conscient,
mais encore de lever les barrages subconscients caractéristiques d''un grand nombre d'affections mentales. »
- Puis M. Rolin, nous donnait tous les détails chimiques du penthotal, sur une douzaine de lignes.
- Suit l'utilisation du produit :
« Il s'administre par injection intraveineuse,
ordinairement une solution à 2,5 % à raison de 1 centimètre cube par minute, avec un maximum de 6 centimètres cube.
A cette dose et ce rythme, l'engourdissement se fait lentement jusqu'à l'état hypnagogique tout proche du sommeil.
Si l'on augmente la dose, ou si l'on accélère le rythme vers la fin de l'opération,
le patient tombe dans un sommeil profond dont il sort après une dizaine de minutes.
Ce qui fait qu'on peut envisager deux méthodes d'exploration :
soit dans l'état crépusculaire pré-anesthésique, soit dans l'état de demi-conscience du réveil.
Dans l'un ou l'autre de ces états la réaction psychologique du patient est variable :
tantôt il rêvasse spontanément, plus souvent, il faut l'interroger, il arrive aussi qu'il proteste et reste en défense,
ou au contraire qu'il tombe dans un état de suggestibilité complète ».
Bulletin de l'Académie de médecine mars 1949.

- M. Rolin nous donne le détail de son utilisation dans le traitement des psychoses de guerre, par les américains, et il conclue cette partie part :
« En face de ces résultats, sinon incertains du moins partiels, il importe de mettre en balance les dangers de l'analyse sous narcose.
Ils tiennent à l'état d'extrême suggestibilité que provoque chez le sujet l'anesthésie au penthotal, aggravé encore par le fait que,
la plupart du temps, le malade ne parle pas spontanément et qu'il faut l'interroger.
Quelle délicatesse ne faut-il pas alors au médecin !
Il doit interroger tout en s'efforçant de n'être qu'un témoin, il doit éviter de poser des questions maladroites et de suggérer
ainsi au patient des thèmes susceptibles de compliquer ou d'aggraver la maladie.
Cette méthode exige une grande expérience et des connaissances psychologiques très étendues de la part de ceux qui l'emploient. »
Comparons cette méthode d'utilisation avec la description du livre La Question :
« On attendit un moment l'infirmier ou l'adjoint médical......
avant d'écouter les explications du docteur :
D'abord cinq centimètres cubes seulement, car il y a des corps qui résistent ....
Comptez doucement, me dit le docteur, allez !
Je comptai un, deux, trois ... jusqu'à dix et m'arrêtai comme si je m'étais endormi.
Onze douze treize, dit le docteur, continuez, je repris après lui quatorze quinze seize.
Je sautais volontairement deux ou trois mesures et repris à dix-neuf, vingt vingt-et-un et je me tus.
Je l'entendis dire : L'autre bras maintenant.
Sous la couverture, je déplaçai lentement ma main droite pour la mettre dans ma poche, toujours avec le sentiment que tant
que mes ongles pinceraient ma chair, je serai bien amarré à la réalité.
Mais malgré tous mes efforts, je m'endormis.... »
- Dans son livre Alleg indique que lors de son réveil, les officiers parachutistes étaient là.
Si on en croit cette première partie, Alleg aurait reçu au moins, 10 centimètres cube de penthotal en deux piqures.
M. Rolin nous dit avec un maximum de 6 centimètres cubes, le bulletin de l'académie de Mars 1949, écrit 3 à 5 centimètres cubes,
Alleg en aurait reçu 10 centimètres cubes, mais nous n'avons pas le degré de dissolution du produit.
- Il est donc dans l'état de demi-conscience du réveil.
revue de science criminelle de juillet/Septembre 1950.

Dans le bulletin de l'académie nationale de médecine, des séances du 15 et 22 mars 1949, on peut lire les lignes suivantes :
Article sur la Narco-analyse par M. J. Lhermitte au nom de la commission de la Narco-analyse.
« La narco-analyse se présente donc, comme une méthode d'investigation psychologie et une thérapeutique, l'une ne vas pas sans l'autre.
Par l'injection intraveineuse de composé barbiturique variable dans leur structure chimique, (évipan, penthotal, amytal sodique, privénal, etc..),
le sujet se trouve plongé
par degrés successifs dans un état de dissolution de la conscience, selon le mot de Henry Head. »
« Il est important, que l'on se persuade,
que la narco-psycho-analyse n'est pas une panacée qui délie les langues et les consciences, que tout sujet normal,
bien décidé à mentir ou à ne rien dire, ment et se refuse à parler, même lorsqu'il a reçu l'injection du barbiturique. »
Dans la revue de science criminelle de juillet/Septembre 1950, M. Jean Graven, Professeur de la Faculté de droit à Genève,
décrivait le livre de Jean Rolin, Drogues de la police, Plon 1950, il cite le livre de Maitre Mellor, avocat à la cour d'appel de Paris,
couronné par l'académie française, « La Torture », pour faire l’amalgame entre le Penthotal et la torture.
En janvier 1951, dans la revue, La Pensée, éditée par le centre d'études et de recherches marxistes,
le docteur Victor Lafitte, communiste, répondant au livre de Jean Rolin, Drogues de la police, écrivait :
« La campagne anticommuniste et antisoviétique n'est vraiment pas exigeante quant aux moyens....
Voici un volume de 306 pages dont l'intention évidente et avoué est d'insinuer, à propos de ce
qu'on a intitulé :
le procès du penthotal, l'utilisation en URSS et dans les démocraties populaires de drogues de police.
Sur le plan technique,
il est prouvé qu'une injection de penthotal ne peut jamais obtenir des aveux qu'un individu voudrait délibérément retenir,
mais qu'elle peut permettre de dépister certaines simulations..... »
Note : Le docteur Victor Lafitte, fait référence à l’article de M.J. Lhermitte, de la commission de la Narco-analyse, cité ci-dessus.
- Il termine son article part :
« On compare le penthotal à la bombe atomique.... La ficelle est vraiment trop grosse. »
- Alors pourquoi tant d'article sur le penthotal pendant l'année 1949, et les suivantes.
- C'est l'affaire Georges Sans ou Cens, seule et unique affaire du penthotal, en France, qui va cristalliser tous les articles sur le Penthotal.
- Les docteurs Heuyer, Laignel-Lavastine, et Genil-Perrin,
ont avec l'accord de M. Sans, injecté une dose de penthotal, et découvert que M. Sans était un simulateur.
- Condamné par la justice, M. Sans portera plainte contre les trois médecins.
Le jugement à Paris, en date du 23 février 1949, acquittera les trois experts.
- Ensuite, ce fut une véritable levée de bouclier par les diverses corporations, mais surtout par celles des avocats.
- Ce procès fit grand bruit.
- Il intéressa vivement l'opinion, car c'est par le prétendu « sérum de vérité »,
qu'on expliqua les aveux étonnants obtenus lors des grands procès de Moscou et par la Gestapo allemande sous l'occupation.
- Parmi les innombrables protestations, on trouve celle de M° Maurice Garçon dans deux articles,
« le sérum de vérité » parut le 4 juillet 1948, et, « la Torture », parut dans le monde du 13 mai 1949.
La revue, La Pensée, éditée par le centre d'études et de recherches marxistesde. Janvier 1951.

Dans ce livre de 1951, Blizzard : Terre Adélie, on retrouve une similitude du comptage de Henri Alleg, en voici quelques lignes :
23h30 Tisseran, soutenu par Cendro et Rateau vient s'étendre sur la table d'opération. ....
23h50 Cendron procède lui-même à une piqure de penthotal.
Tisseran compte : « "1,2,3,4 ».
Arrivé à 30 sa langue commence à s'empâter et Cendron est obligé d'insister pour l'obliger à continuer.
Péniblement, Tisserand parvient ainsi jusqu'à, 50. « 51 » dit Cendron qui répète plusieurs fois.
Tisserand consent à répéter « 51 », mais il n'y a rien à faire pour qu'il dise « 52 ».
Il est bien endormi. Rateau fixe sur son visage le masque de l'appareil d'anesthésie......
La version racontée par Alleg dans son livre est unique.
- Aucune revue scientifique ou juridique ne nous décrit, ce que nous raconte Alleg.
Dans la partie dialogue avec le médecin, c'est hallucinante, c'est presque lui qui interroge le médecin !!!!
Pour conclure ce chapitre sur le penthotal, voici un extrait du bulletin de Psychologie Volume 16 paru en 1962 :
« Avec le Penthotal :
Trouble de la mémoire au bout de 6 minutes,
trouble de l'attention au bout de 9 minutes,
somnolence au bout de 11 minutes,
sommeil au bout de 13 minutes.
Les sujets ne se souviennent pas de ce qu'ils ont dit, ou bien, les souvenirs sont reconnus à la façon des souvenirs d'un rêve. »
Pourtant, Alleg, nous donne le détail de son dialogue avec le médecin, il se souvient de tout, c’est incroyable.