Dans sa plainte au procureur, concernant les séquelles de ses tortures, il écrivait :
« J'avais trois grosses brulures infectées à l'aine dont je porte encore des cicatrices, des brulures aux mamelons des seins, aux doigts (auriculaire et index) des deux mains encore visibles aujourd'hui, des écorchures sur la poitrine, le ventre, les parties sexuelles, et aussi sur le palais et sur la langue, provoquées par les fils électriques dénudés.
Pendant quinze jours, ma main gauche resta insensible et paralysée.
Encore aujourd'hui, le pouce de cette main demeure insensible,
tout mon corps était ébranlé de secousses nerveuses, comme si la torture électrique me poursuivait encore.
Jusqu'à maintenant, je continue à avoir des troubles périodiques de la vision.
De plus des plaies provoquées par le frottement des liens aux poignets m'ont laissé des cicatrices visibles. »
Le 19 Août 1957, lors de l'examen médical d’Alleg, par les docteurs Capomaccio et Miquel, il n'a été relevé seulement l’existence d’érythèmes superficiels sur le poignet gauche et sur l’index, ainsi que trois petites cicatrices de trois millimètres à cinq millimètres de plaies infectées.
Sans commentaire !!!
Sur ce point, La Question est beaucoup plus discrète.
La préface indique brièvement qu'Alleg, un mois après les tortures, portait encore, nettement visibles, les marques des liens aux poignets, des cicatrices de brûlures et d'autres traces.
Dans son récit, Alleg, lui-même reste très vague. Il n'est fait que deux fois allusion à sa main gauche « raide et insensible » (page 70 et page 77). Nul part, il n'est précisé que cet état se soit prolongé.
En revanche, Alleg indique que son épaule droite était douloureuse et ne permettait pas de lever le bras, le 15 juin. Il est à noter que dans la plainte, il n'est fait aucune allusion à cette épaule droite.
Pas un mot sur le pouce de la main gauche, qui était encore insensible dans la première version, à la date du 31 juillet.
Rien non plus sur les troubles périodiques de la vision.
Les contradictions d'ailleurs se multiplient, si on se réfère maintenant à la nature des tortures subies par Alleg.
Dans sa plainte au procureur, Alleg écrivait :
« Comme je restais silencieux,
on m'attacha les chevilles, puis plusieurs paras me soulevant à la fois, on m'accrocha les pieds en l'air à une barre de fer de la cuisine ....
Avec des torches faites de journaux roulés, Lorca me passa la flamme sur le sexe et sur les jambes .....«
Il fallait être un professeur d'Université ou un procureur pour croire à une pareil ânerie !!!!
Si cette torture avait eu lieu, elle aurait été visible le 19 Août 1957 lors de l'expertise. Car comment passer la flamme sur le sexe d'une personne suspendue par les pieds, sans bruler l'entre cuisse, il aurait eu les poils de son pubis brulés....
Quel sacré menteur ce Alleg !!!
Nous conclurons ces pages sur le livre, La Question, par ces quelques petites anomalies, dans la description des lieux et d’une séance de torture.
Descriptions des lieux :
« J'ai été arrêté à Alger ......... Je pénétrai dans l'immeuble en construction, situé face au cinéma « Rex », sur la route qui mène à Châteauneuf (El-Biar). »"
Le cinéma Rex était beaucoup plus loin dans l'avenue Clemenceau, à hauteur du 112 de l'avenue, en face du cinéma, on avait le « Café de la Gaité », tenu par la famille Boetti, à cote du cinéma REX, il y avait la boulangerie de la famille Blanquer.
Mohammed Yazid, Mahieddine Moussaoui et Pierre Chaulet Avril 1959 Tunis
Dans ces innombrables séances de tortures, Alleg, nous décrit celle-ci :
« Nous descendîmes par un autre escalier dans l'autre partie de la maison, puis mon geôlier m'enferma dans une petite pièce obscure. C'était un cachot.
La lumière du jour n'entrait jamais. Seule une étroite lucarne, située en haut du mur et donnant sur une cheminée d'aération, laissait pénétrer quelques lueurs.....
Mais, Erulin apparut tout seul, il me conduisit jusqu'au palier : « Le voilà, mon commandant » dit-il. Devant moi se tenait un commandant de paras en uniforme de camouflage et béret bleue. Il était long et cassé, extrêmement maigre.....
Erulin reparaissait, il était cette fois accompagné de Charbonnier et d'un porteur de magnéto......
Ils étaient entrés, avaient allumé et s'étaient installés en demi-cercle autour de moi.
« Il me faut un bâillon » dit Charbonnier. Il plongea la main dans un des paquetages qui se trouvaient là et en sortit une serviette crasseuse.
« Laisse tomber », dit Erulin. « Il peut gueuler, on est au troisième sous-sol »
« Quand même c'est désagréable » dit Charbonnier. »
Dans ce texte, il y a une multitude d'impossibilité :
Comment la lumière pouvait telle arriver au troisième sous-sol, étrange !!!.
Ces immeubles commencés fin 1955, n'avait qu'un seul sous-sol, qui permettait la communication avec les trois entrées de ce bâtiment.
C'est là que le régiment avait sa popote.
Quel sacré hypocrite ce Alleg !!!
Epilogue.
Le 11 Avril 1963, Mohamed Zenadi tirait sur Mohamed Khemisti, ministre des Affaires étrangères de l'Algérie.
Non, je ne vais pas vous narrer l'histoire de l'Algérie après son indépendance, mais le tireur avait un lien indirect avec Alleg. Je vais simplement parler de la partie qui nous relie à Alleg, c'est à dire Mohamed Zenadi.
La narratrice de ce récit nous raconte :
« A cette époque, nous habitions dans un appartement, sis au 94 avenue Georges Clemenceau, aujourd'hui, avenue Ali Khodja à El-Biar.
Ce jour-là, j'étais malade, mes enfants étaient au cinéma situé plus bas dans l'avenue, avec leur oncle. A 15 heures, on frappe à ma porte, j'ai ouvert, je me suis retrouvée devant trois individus, qui m'ont demandé, si c'était bien le domicile des Zenadi..... Ils m'ont questionné sur les personnes qui habitaient chez nous. Je leur ai dit, en plus de mon époux et de mes enfants, mes beaux-frères, leurs cousins, et parmi eux, mohamed Zénadi.....
Mohamed était une personne très calme, il était journaliste au quotidien Le Peuple....
J'ai été conduit au commissariat central, près de l'assemblée nationale, au 10e étage, on entendait des cris .....
Un jour pendant ma détention, j'ai étais confrontée à Mohamed Zenati. Il était dans une sorte de cachot, dans les sous-sols, son visage était méconnaissable ....
Après, une détention de 20 jours dans cette villa, l'inspecteur en chef, M. Ousmer est venu me signifier ma libération.... »