Avant de poursuivre cette contre-enquête, je tiens à préciser ma position concernant la disparition de M. Maurice Audin. Il ne fait aucun doute que Maurice Audin, a bien disparu pendant sa détention par les parachutistes du 1° RCP.
Je ne sais pas comment,
ni où.
Revenons à la deuxième confrontation avec Audin.
Dans Témoignage Chrétien, daté, Alger le 23 Août 1957, madame Josette Audin, nous affirme :
« J'ai en effet la preuve formelle qu'il a subi des tortures.
Le docteur Hadjadj, aujourd’hui enfermé à la prison de Barberousse, l’a vu le 18 ou le 19 juin, qui portait des marques très caractéristiques......... »
Dans l'humanité du 9 décembre 1957, il est dît qu'Alleg et le Docteur Hadjadj ont dans des dépositions officielles, certifié que l'évasion d'Audin était impossible, car ils l'avaient vu, dans la journée du 18 ou du 19 juin, meurtri de coups.
Dans son livre, La Question, une seconde fois, il est fait mention d'Audin, la scène se situe tout à la fin du récit.
Alleg, dont l'interrogatoire a pris fin, est dans sa cellule. C'est la nuit.
Le lieutenant Chabonnier entre et me dit : «Préparez-vous, vous n'allez pas loin. »
Dans le couloir, j'entendis qu'il disait : « Préparer aussi Audin et Hadjadj, mais on les prendra séparément. »
Dans la cour, une voiture démarra, s'éloigna.
Un moment après, du côté de la villa des Oliviers, il y eut une longue rafale de mitraillette. je pensai « Audin » .
Dans le livre, L'Affaire Audin, M. Vidal-Naquet reprends les déclarations du docteur Hadjadj :
Le témoignage du Docteur Hadjadj en possession de Mme Audin et confirmé à l'instruction :
« Le lendemain de mon arrestation par les parachutistes, dans la nuit du mardi 11 juin au mercredi 12 juin, j'ai été mis en présence de Maurice Audin. il était environ une heure de matin....
Le lendemain soir, Henri Alleg, qui vient d'être arrêté au domicile d'Audin est torturé à son tour.
Comme la première séance est terminée, et que alors, qu'il est tombé à genoux, on il entend Charbonnier dire « Amenez Audin »» .
Le 18 juin 1957, les parachutistes sont avertis que le général Zeller de la commission de sauvegarde doit venir visiter le lendemain, le centre de triage.
De nombreux détenus non présentables, sont éloignés. Alleg est transporté dans le bâtiment voisin. Audin et Hadjadj sont conduits eux, au PC 2° bureau, rue de Verdun.
Journal L'Epress du 27 Septembre 1957.
Il est probable que le rôle, qu'a joué Mme Josette Audin dans la campagne faite sur le nom de son mari, a été soigneusement monté et mis au point par les avocats communistes.
Le 12 juillet, le seul témoin des tortures subis par Audin et Alleg, c’est Henri Alleg. (première confrontation.)
On ajoutera un autre élément, le 23 Août 1957 :
L'épisode, où Audin a été vu par le Docteur Hadjadj, le 18 ou le 19, afin d'expliquer que toute, évasion était impossible.
Ce n'est, bien entendu qu'une hypothèse, mais elle explique, que la vérité a été construite petit à petit, pour les besoins de la cause, et que les morceaux qui la composent se joignent assez mal.
Plus tard, cet épisode sera fusionné avec la visite en Algérie des professeurs Richet et de Vernejoul et du Général Zeller, membres de la commission de sauvegarde, du lundi 17 juin au vendredi 21 juin 1957.
Tous ces récits et lettres ont trait à la disparition d'Audin.
Déclaration officielle devant la commission de sauvegarde, le 12 Juillet 1957, pour affirmer la première rencontre Alleg-Audin.
Une série de lettre de Mme Audin ont été publiées ou mentionnées à des dates successives.
Lettre ouverte au professeur Aubel. (Humanité 12 Août) Lettre à la commission de sauvegarde. (Humanité du 23 aout) Lettre à Maitre Maurice Garçon. (Humanité du 26 Septembre)......
Une série d'article presque quotidien :
Récit fait à la rédaction de Témoignage Chrétien, et reproduit dans l'humanité du 30 août, pour confirmer que l'évasion était impossible, car il était meurtri de coups. L'Express du 30 Août sous la signature de Jean Daniel, qui reprend la déclaration du 12 juillet 1957.
Articles des professeurs d’Universitaires.
Reprenons les témoignages :
Henri Alleg :
Dans sa lettre au procureur, son ami Maurice Audin est étrangement absent.
Dans son livre, la question, pour le 18 ou 19 juin, il n'a pas vu Audin et Hadjadj. Il a entendu le lieutenant Chabonnier lui dire :
« Préparez-vous, vous n'allez pas loin...
Dans le couloir, j'entendis qu'il disait : « Préparez aussi Audin et Hadjadj, mais on les prendra séparément. »
Docteur Hadjadj :
Dans l'article de Témoignage Chrétien, daté, Alger 23 Août 1957, madame Audin affirme que le docteur Hadjadj, a vu son mari le 18 ou le 19.
Pierre Vidal-Naquet :
Dans l'Affaire Audin, publié en Mai 1958, Il reprends la première rencontre citée dans La Question.
Pour la seconde rencontre, Il indique que suite à la visite de la commission de sauvegarde, le 18 ou le 19 juin 1957, on déménage les détenus non présentables.
C'est ce jour-là, qu’Audin racontera ses tortures et sa première rencontre avec Alleg, au docteur Hadjadj.
Premiére page du Compte-Rendu de la visite faite en Algérie, du Lundi 17 au Vendredi 21 Juin 1957. par les Professeurs Richet et de Vernejoul et le Général Zeller.
Ces témoignages reposent uniquement sur les deux membres du PCA, Henri Alleg et le docteur Hadjadj.
Les lettres et les articles de deux affaires Alleg et Audin, citent régulièrement la commission de sauvegarde, et la fameuse visite du Général Zeller !
Compte-Rendu de la visite faite en Algérie, du Lundi 17 au Vendredi 21 Juin 1957 par les Professeurs Richet et de Vernejoul et le Général Zeller,
en date du 30 juin 1957.
Page 1 : Généralités sur le système des centres et des camps.
Page 2 : Les Centres de Triage.
Cinq centres de triage ont été visités au cours de notre voyage, quatre à Alger et un à Rivoli près de Mostaganem (Province d'Oran).
Dans la ville d'Alger, les centres de triage correspondent aux secteurs opérationnels de la ville, chaque secteur étant placé sous les ordres d'un Colonel, il existe six secteurs donc six centres de triage.
Nous en avons visité trois, choisis au hasard, ceux des secteurs de Ben-Aknoun, Belcourt-Birmandreis, La Bouzaréa.
Le premier, (Ben-Aknoun), était tenu par les CRS, il comptait 15 détenus, le 2éme par un régiment d'Artillerie, il comptait 14 détenus, le 3éme par les parachutistes, il comptait 40 détenus dont 3 femmes.
Puis suit le détail de la logistique pour chaque centre.
Beni-Messous est un centre de passage, groupant parfois 50, parfois 300 assignés pour des durées de 1 à 30 jours, il en existait 200 au moment de notre passage.
A noter, 10 femmes dont on ne sait trop que faire, car il n'existe pas de camp pour femmes.
Nous avons visité, deux jours plus tard, le camp de triage de RIVOLI dans le secteur opérationnel de Mostaganem.
A la lecture de ce compte-rendu, on découvre que c'est le lundi 17 Juin 1957, que MM. les professeurs Richet et de Vernejoul, ainsi que le général Zeller, ont visité le centre de triage de Ben-Aknoun à El-Biar, et non pas, comme nous l'écrivent depuis 60 ans, les historiens de l'Algérie,
le 94 de l'avenue Georges Clemenceau à El-Biar.
Le premier amalgame a été réalisé par Témoignage Chrétien du 27 Août 1957, dans l'article révélant le témoignage du docteur Hadjadj.
Témoignage Chrétien écrivait :
« Le premier juillet, enfin un colonel voulut bien me recevoir, ce fut pour me montrer un procès-verbal selon lequel mon mari, que je croyais à l'abri dans un camp, s'était évadé dix-jours auparavant, dans les circonstances que voici :
« emmené à 21 heures du « Centre de Triage d'El-Biar » (caserne des paras), à une villa de la rue Faidherbe, accompagné d'un seul sergent qui conduisait la jeep.... »
La mention « caserne des paras », ne figure pas dans le procès-verbal du colonel Meyer, ni dans l'article de Jean Daniel dans l'Express du 30 Août 1957.
Le centre de triage d'El-Biar était situé en réalité à Ben-Aknoun, dans Ecole Militaire Annexe des Transmissions d’AFN (E.M.A.T. / A.F.N.), qui était l'ancien Centre d'Instruction Technique des Transmissions C.I.T.T./AFN., à El-Biar.
Le Compte-Rendu de la visite précise pour les logements des détenus :
Logement dans des immeubles, sauf pour le premier (Ben-Aknoun), où les détenus logent dans une tente dans le jardin.....
Les trois membres de la commission, n'ont jamais visité le 94 avenue Georges Clemenceau, c'est un bobard.
Ils ont visité les trois centres de triage d’Alger, le lundi 17 juin 1957.
Alors, les témoignages de Vidal-Naquet, du docteur Hadjadj et d’Henri Alleg sont des faux.
Partie du Compte-Rendu de la visite concernant les Sévices. .
L'Humanité et L'Express ont publié durant les deux affaires Alleg et Audin, un certain nombre d’articles sur des tortures subites par des communistes, souvent des femmes.
Dans ce rapport, contrairement aux déclarations publiées depuis 60 ans, on trouve les commentaires suivants :
Paragraphe III : Les sévices.
Nous avons vu et dévisagé au cours des deux voyages des centaines d'hébergés, prisonniers et hospitalisés, de l'ordre sans doute de 2.000. Nous en avons interrogé ou interpellé une cinquante, les seuls points douteux sont les suivants :
Dans un centre de triage, un hébergé avait la lèvre tuméfiée, interrogé si cela provenait de son arrestation, il a nié, mais sa négation comme il y avait des témoins n'avait pas de valeur.
Un des hommes du Camp d'Arcole a signalé qu'un de ses camarades aurait eu la clavicule cassée d'un coup de cross. Comme cela n'a été signalé au médecin que quelques jours après son arrivée, cela peut provenir d'une chute, mais un doute peut subsister.
Camp de Saint Leu :
A signaler que dans ce camp qui comprend 900 hébergés compte parmi eux, 28 Français de souche, communistes et qui sont indubitablement des meneurs, leur transfert au Camp de Lodi serait très désirable.
Ils nous ont remis une liste de 17 Musulmans qui auraient été l'objet de sévices au moment de l'arrestation.
Sur notre demande, deux nous ont été présentés.
Sur l'un deux, musulman ne parlant pas le français, nous a montré une large cicatrice et deux doigt coupés prétendant que cela était due au passage d'un courant électrique, ce qui semble impossible.
L'autre peut sous toutes réserves avoir subi cette atteinte ( trace de brûlure à la verge).
En résumé, les sévices graves restent une exception.
Mais il convient de signaler à nouveau que, si le passage d'un courant électrique ne laisse pas de trace, ce qui peut servir d'alibi à celui qui l'applique, réciproquement, cette absence de traces, peut être une arme entre les mains de tout individu arrêté et interrogé, puisque il peut prétendre y avoir été soumis.
Ce compte-rendu se termine avec la visite de l'hôpital de Mustapha, le vendredi 21 juin 1957.
Dans le dernier paragraphe de ce rapport, on peut lire cette remarque :
« Nous croyons devoir signaler la rencontre à Alger de la Commission contre le régime concentrationnaire, deux personnes, l'une Hollandaise, l'autre Belge, le docteur André, étaient connus de l'un d'entre nous.
Mais à leur table se trouvait également une personne communiste, français de nationalité, anti-français de cœur et de comportement et dont chaque parole était un mensonge. Le docteur André a été discrètement mis au courant.
La commission de sauvegarde doit être prévenue, pour apprécier éventuellement les jugements de la commission anti-concentrationnaire. »
A la lecture de cette conclusion, on peut comprendre le rôle des communistes dans cette campagne anti-Massu et anti-parachutiste.
Mais revenons à Alleg et à son livre La Question.
Partie du Compte-Rendu de la visite concernant les mensonges d'un communiste.