La fameuse Villa des roses, sise, au 74 boulevard Gallieni, citée dans tous les livres et articles sur la torture en Algérie, comme la villa Sésini.
En vérité, il n'y a pas de villa des roses, au 74 boulevard Gallieni !
Alors, comment cet amalgame, une villa, un nom, une adresse, fait-il encore aujourd’hui la une des journaux !
Tout commence avec la bataille d'Alger, nom très pompeux donné par les journalistes, à ce travail de police réalisé avec succès, contre les tueurs du F.L.N, par la 10° Division de Parachutistes du général Massu.
C'est, M. Hafid Keramane, dans le livre, La Pacification, écrit sous la haute autorité de
l'anticolonialiste notoire, Nils Andersson, qui en 1960, réalise le premier copié/collé de la Bataille d’Alger, en insérant dans son livre, la reproduction d’un tract du FLN
de Mai 1957 sur le député Le Pen.
C'est le chapitre IV, de ce livre, qui fait référence pour la première fois à cet amalgame.
Le titre du chapitre était :
« Les activités d'un parlementaire français », texte extrait de la revue du F.L.N. « Résistance Algérienne », N° 32 du 1 au 10 juin 1957.
Dans ce même livre, pages 21 et page 22, nous avons une liste des centres de tortures, surtout sur Alger, qui avait été publiée, par la revue du FLN, « El Moudjahid», N° 8 du 5 Août 1957.
Dans cette liste, nous avons bien entendu, la Villa Sésini, une villa Esso, boulevard Gallieni à El-Biar, mais étrangement, pas de villa des roses, sise, au 74 boulevard Gallieni, citée au chapitre IV, page 35 .
Début du chapitre IV du livre La Pacification.
Fin du chapitre IV du livre La Pacification.
Compte-tenu des récits de ce livre, qui est un pamphlet sur l'armée français, je ne comprends toujours pas, comme des historiens, grands spécialistes de l'Algérie, peuvent citer dans leurs ouvrages, ce ramassis de mensonges.
Nous reviendrons un peu plus loin, pour illustrer ce propos.
Mais, revenons à cette villa des roses.
Dans sa déclaration libre, en septembre 1957, Yacef Saadi ne donnait, ni le nom, ni l'adresse, de la villa d'El-Biar :
« Il fallait vu les résultats, mettre sur pied un véritable labo et par mesure de sécurité l'éloigner de la Casbah.
Saïd,tenancier d'un bar au square Bresson, (Saïd Smaïl), nous offrit son domicile qui d'ailleurs n'a pas duré, car après la mise au point des premières bombes chez lui, il y eut l'explosion, et là mourut Rachid Kouache. »
En décembre 1957, Jean André Faucher, publie, L'Algérie rebelle, un livre de 253 pages.
Pas une seule ligne sur la villa des roses.
M. Faucher précise de les explosifs de marque Chemotex-Karachi, venaient de Belgique, et, que le laboratoire de Yacef, était en réalité, un lieu d’assemblage des divers éléments pour fabriquer les bombes qui explosèrent dans Alger.
En Mai 1958, Serge Bromberger, publie le livre : Les rebelles algériens, livre de 278 pages, une partie de ce livre concerne la bataille d'Alger :
Page 165.
Marsali fut chargé de trouver rapidement une villa dans un quartier périphérique et européen. Il s'adressa à un musulman qui n'avait plus rien à refuser au FLN, puisque le café du Square Bresson, dont il était le gérant, servait d'observatoire permanent aux rebelles pour guetter les forces de police entrant dans la casbah, et que possédant une droguerie à El-Biar, il ravitaillait déjà en produits chimiques l'impasse de la Grenade. On pria cet homme nommé Saïd Smaïl de mettre de surcroit sa villa d'El-Biar, à la disposition du Front. Cette villa dite des Roses, ne devait d'ailleurs servir que quelques jours, assez pourtant, pour que Taleb devenu habile eût le temps d'y fabriquer les bombes qui exploseront dans Alger en 1956. ...... »
« Ce n'est rien, disent-ils, une bouteille de butane qui vient de sauter ! Nous allons nous faire soigner ».
C'est Marsali et Razi-le-Régleur qui s'échappent ainsi et se replient sur la casbah.
Une patrouille de l'armée de l'air qui circule dans les environs s'approche et pénétre dans la villa aux volets arrachés. Elle trouve un cadavre horriblement déchiqueté dans le vestibule. Dans la salle à manger bouleversée, des réveille-matin, des corps de bombes, des piles électriques. Enfin six bombes, toutes prêtes, dont une réglée pour 19h 45. Le mort n'est autre que Kouache, le monteur.
L'explosion de la villa dite des roses eut lieu en Octobre 1956.
C'est ainsi que commence cette histoire de la villa des roses, mais cette villa des poseurs de bombes, n'étais pas sur le boulevard Gallieni !!!!
Annuaire des Belle Lettres de 1931
Dans le livre de François Georges Levrault, Mémoires de la société géologique de France, parut en 1911, on peut lire :
Plateau d'El-Biar.
« Le plateau est couvert de cailloutis de l'Atlas, auquel se mélange près de la villa des roses (265 m), de nombreux petit grains de quartz blanc. On n'observe pas de graviers de plage entre le cimetière d' El-Biar et le replat de la villa des roses. »
Note :
En 1911, le boulevard Gallieni n'était pas encore ouvert, mais avec les cotes données par M. Levrault, la villa des roses et le cimetière devaient se trouver plus haut que la place de l'église.
La seule et unique Villa des roses d'El-Biar, se trouve sur le chemin de la colonne. Elle a été achetée par M. Chevalier Henry, le père Etienne Chevalier, le peintre. Nous retrouvons une première référence de cette villa, en 1931 dans l'annuaire des belles lettres.
Dans le guide d’Alger de 1961, on trouve pour la commune d’El-Biar, 7° Arrondissement quelques informations :
Hôtel de Ville : Place de la République
Commissariat de police : 102 boulevard Gallieni
Gendarmerie : Avenue Clemenceau
Synagogue : 74, Boulevard Gallieni
Plan du boulevard Galliéni avant 1957
En réalité, il n’y avait pas de Synagogue au 74, Boulevard Gallieni enfin, pas de bâtiment en dur, comme à la place du Grand Rabin Bloch, ou, la rue Scipion, c’est un grand hangar.
Mais laissons parler un fidèle de ce lieu :
« On allait célébrer Yom kippour, dans un hangar, qui pouvait contenir une centaine de personnes en haut du Boulevard Gallieni, hangar mis à la disposition de la communauté, par la famille Aboulker. »
Sur le plan, ci-dessus, nous avons la position du 74 Boulevard Gallieni, en 1957. (point rouge).
Si on regarde, attentivement, la magnifique carte postale, éditée par Jomone, représentant la partie haute du boulevard Gallieni, on peut voir le hangar d'écrit par le fidèle de ce lieu.
Je tiens à signaler, qu'il ne faut pas comparer la numérotation du boulevard du colonel Bougara, avec celle du boulevard Gallieni, car la numérotation a été inversée ou changée.
En claire, sur la carte postale Jomone, le numéro 74 se trouve sur la droite en descendant, alors qu'aujourd'hui, le numéro 78 du boulevard Bougara, station essence Natal de M. Mekhazni Sid Ali se trouve à gauche en descendant.
Le boulevard Galliéni avant 1957
Epilogue :
Pendant les fêtes du Premier novembre 1962 à Alger, un photographe de l’agence Jomone est à l’œuvre, il saisit un cliché qui devient rapidement une carte postale, représentant un homme en burnous portant un parapluie, avec à l’arrière-plan, le défilé militaire de l'A.L.N,
l'agence Jomone était installée à Alger, au 2, rue Levacher.
En 1963, l'homme au burnous demanda à l'agence Jomone d'Alger, des droits à l'image, je vous laisse le plaisir de découvrir la réponse de l'agence Jomone.
Nous terminerons cette page sur la fabuleuse Villa des Roses, sise, 74 boulevard Galliéni, par une concaténation, de la revue « El Moudjahid» ,
citée par le Ministre de l'information du G.P.R.A. Mohamed Yazid à Tunis, des principales actions de l’A.L.N. pour la période du 27 au 30 juin 1959.
Le cumul des soldats français tués au combats par l’ALN, nous donnes le chiffre impressionnant de 133 soldats français tués en 4 jours, dont un Capitaine, sans compter les blessés.
document de M. Yazid à Tunis en 1959.
Si en 1959, il était difficile de vérifier l’ensemble de ces informations, aujourd’hui, en 2017, d’un simple clic, nous avons la liste des morts en Algérie, par jours, par régiment, par lieu, avec certaines informations sur les éventuels combats.
Pour cette période décrite par M. Mohamed Yazid, le total des morts, par maladie, accidents de la route, noyade, attentats, combats, s’élève à 13 morts, deux parmi ces 13 soldats sont morts pendant un engagement, mais aucun dans les lieux cités par M. Mohamed Yazid.
Pendant cette période, aucun capitaine n’a été tué au combat.
Le 27 juin 1959, il y eu 7 morts, dont un Sous-lieutenant, tué au combat à Tamarout-Batna, dans les Aurès.
Rien pour le 28 juin 1959.
Le 29 juin 1959, il y eu 4 morts, dont un Sous-lieutenant, du 1° RCP, tué au combat à Aflou.
Le 30 Juin 1959, il y eu 2 morts, un à Ain-Zatour et l’autre à Sidi-Bel-Abbès.
Je vous laisse médité sur la véracité des propos tenu par M. Mohamed Yazid, qui figurent dans les pages du livre, La Pacification de M. Hafid Keramane, en précisant toutefois, que l’intègre M. Pierre Vidal-Naquet, utilisera le chapitre IV, de ce livre, dans son numéro 20, de son journal Vérité-Liberté.